« Le Canada vit actuellement une situation de crise dans le domaine des soins infirmiers ». Constat auquel ne cessent de faire écho les analyses universitaires et gouvernementales des effectifs infirmiers, de même que la presse populaire. Ce genre de manchettes est dû à la pénurie de personnel infirmier que connaît le Canada.
La plupart des analystes conviennent qu'il y a crise, mais sans s'entendre ni sur ses causes ni sur les solutions qu'il conviendrait d'y apporter. La plupart admettent aussi que le problème est complexe et donne lieu à des interprétations divergentes de la part des divers acteurs. Ces opinions concernent notamment les répercussions qu'ont eu la réforme de la santé, la restructuration, les restrictions budgétaires, la faible diplomation en sciences infirmières, le vieillissement des effectifs infirmiers (dont un grand nombre prendra bientôt sa retraite), et le vieillissement de la population (qui pourrait accroître considérablement les besoins en personnel infirmier et autres pourvoyeurs de soins de santé). En outre, les responsables du recrutement des infirmières et des infirmiers au Canada font face à la concurrence des autres pays, notamment les États-Unis, qui manquent eux aussi de personnel infirmier.
L'espace limité dont nous disposons ici ne nous permet pas de nous pencher davantage sur ces questions. On pourra prendre connaissance d'un grand nombre de points de vue divergents sur la question en consultant la rubrique « Références et liens », qui renvoie aux gouvernements, aux universités, aux associations et syndicats d'infirmières et d'infirmiers, et à la population en général telle que représentée par la presse populaire. Beaucoup de ces références se trouvent sur Internet. On peut par contre examiner ici certains chiffres concernant les soins infirmiers, que l'on associe en partie au problème de la pénurie de personnel infirmier..
Les caractéristiques du personnel infirmier canadien présentées ici ne concernent que les infirmières et infirmiers autorisés. Il n'existe encore aucun système national normalisé de collecte de données sur les infirmières et infirmiers psychiatriques autorisés ou les infirmières et infirmiers auxiliaires. Les données utilisées ici ont été établies à l'aide de la base de données des infirmières et infirmiers autorisés de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS). Les autres sources d'information sont identifiées le cas échéant, mais la plupart des données proviennent de l'ICIS, de Statistique Canada et des travaux d'Eva Ryten (1997).
En 1998, 254 964 infirmières et infirmiers se sont inscrits aux associations provinciales ou territoriales. Il s'agissait d'une diminution de 3,4 % par rapport à l'année antérieure et c'était, à l'époque, le nombre d'inscriptions le plus faible des années 90. Sur ce total, 227 651 membres travaillaient dans le domaine des soins infirmiers. Cette tendance à la baisse du nombre total d'infirmières et d'infirmiers inscrits, de même que la stabilité ou la tendance à la baisse du nombre d'infirmières et d'infirmiers travaillant effectivement dans leur domaine sont illustrées à la figure 1..
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 4 KB
Figure 1: Nombre d'infirmières et d'infirmiers autorisés, selon l'activité exercée, 1988 à 1999
Autrefois, pour devenir infirmière ou infirmier autorisé au Canada, il suffisait de posséder un diplôme en sciences infirmières décerné par un collège communautaire ou une autre école de soins infirmiers affiliée à un hôpital. Une deuxième voie d'accès à la profession, moins courante, consistait à suivre un programme de baccalauréat en sciences infirmières (B.Sc. N.) dans une université. Environ 11% des infirmières et infirmiers autorisés œuvrant aujourd'hui dans le domaine des soins de santé possédaient un B.Sc. N. au moment de leur recrutement, et de nombreux autres ont suivi des cours de perfectionnement, si bien que près de 23% des effectifs courants possèdent un diplôme universitaire (baccalauréat, maîtrise ou doctorat) en sciences infirmières.
En 1982, l'Association des infirmières et infirmiers du Canada a adopté une politique qui prévoyait imposer la détention d'un B.Sc. N. pour pouvoir pratiquer à partir de l'an 2000 (Ryten, 1997). Ce changement de politique, qui n'est pas encore en vigueur partout au pays, se reflète aujourd'hui dans la diminution marquée du nombre des titulaires de diplômes d'écoles professionnelles et dans l'augmentation de celui des diplômés universitaires (figure 2). La politique a aussi suscité la création de programmes conjoints collégiaux-universitaires. Toutefois, l'augmentation du nombre de diplômés universitaires en sciences infirmières n'a pas encore compensé la diminution du nombre de diplômés d'écoles professionnelles.
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 4 KB
Figure 2 : Nombre de diplômés collégiaux et universitaires, 1988 à 1997
La majorité des infirmières et infirmiers autorisés travaillent en milieu hospitalier, ce qui englobe les hôpitaux généraux et les hôpitaux spécialisés en soins maternels, pédiatriques et psychiatriques. Viennent ensuite les foyers de soins infirmiers et les organismes de santé communautaire (figure 3). La rationalisation des effectifs hospitaliers et la diminution de la durée des séjours dans les hôpitaux ont eu une incidence sur ces chiffres. « On observe un déplacement des emplois au profit des milieux communautaires ». Dans les régions éloignées et septentrionales du Canada, les principaux employeurs sont les postes de soins infirmiers.
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 11 KB
Figure 3 : Lieu de travail
Sur l'ensemble des infirmières et infirmiers autorisés travaillant dans leur secteur professionnel en 1998, à peine la moitié (51,6%) travaillaient à plein temps. En région, cette proportion varie d'un sommet de 83,0% dans les Territoires du Nord-Ouest à un seuil de 47,9 5 au Manitoba (figure 4). Malgré les pénuries reconnues de personnel infirmier, l'emploi à plein temps des infirmières et infirmiers continue de décroître. Selon Ryten (1997), cette tendance est la conséquence des mesures de compression des coûts appliquées au financement et à l'organisation du système de santé.
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 7 KB
Figure 4 : Proportions d'infirmières et d'infirmiers autorisés travaillant à plein temps, 1998
Le secteur des soins infirmiers est encore un secteur professionnel dominé par les femmes, et il le restera pour un avenir prévisible (Ryten, 1997). Ce n'est qu'au Québec et dans les Territoires du Nord-Ouest que l'on a fait des progrès importants dans le recrutement d'infirmiers autorisés (figure 5). Mais même dans ces régions, la proportion d'hommes n'est respectivement que de 8,5% et 6,9%. Au Canada, en 1998, les hommes ne constituaient que 4,4% du personnel infirmier employé dans le domaine des soins de santé.
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 7 KB
Figure 5 : Proportion d'hommes au sein du personnel infirmier employé à plein temps, 1998
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 11 KB
Figure 6 : Âge moyen des infirmières et infirmiers autorisés, 1998
[D]
Cliquez ici pour agrandir, 5 KB
Figure 7 : Répartition par âge des infirmières et infirmiers autorisés travaillant dans le domaine des soins de la santé, 1993 et 1998