Est représentée ici l'Amérique du Nord britannique moins de cent ans après la chute de la Nouvelle-France. Est également représentée l'émergence de l'influence britannique avant la Confédération. Vers 1823, l'Amérique du Nord britannique comprenait le Bas-Canada, le Haut-Canada, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve (y compris la côte du Labrador). Les Territoires du Nord-Ouest étaient considérés comme des possessions britanniques, alors que la Compagnie de la Baie d'Hudson contrôlait la Terre de Rupert. Les États-Unis et la Grande-Bretagne administraient conjointement le Territoire de l'Oregon. Cette carte, ainsi que La Nouvelle-France vers 1740, décrit l'état de la colonisation et du peuplement au Canada pendant deux périodes importantes de l'histoire canadienne avant la Confédération.
La carte de l'AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE vers 1823 montre l'étendue de l'Amérique du Nord britannique (y compris celle des postes et des districts de la Compagnie de la Baie d'Hudson), moins de 100 ans après la chute de la Nouvelle-France. Elle fait voir l'émergence de l'hégémonie britannique avant la Confédération. Le site examine divers volets géopolitiques de l'Amérique du Nord britannique, notamment les Frontières internationales, les Divisions internes, les Districts de la baie d'Hudson, la Colonisation par les Européens et la Population européenne.
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Colons de la rivière Rouge vers 1820, dans un croquis de Peter Rindisbacher montrant des immigrants Suisses, Allemands, Écossais et Canadiens-Français
L'actuelle frontière internationale séparant les États-Unis de l'Amérique du Nord britannique jusqu'au lac des Bois a été établie par le Traité de Paris (1763), précisée par le Traité de Ghent (1814) et prolongée le long du 49e parallèle jusqu'aux montagnes Rocheuses par la Convention de Londres (1818). Incapables de s'entendre sur le tracé de la frontière jusqu'au Pacifique, les deux puissances ont convenu d'exploiter la région ensemble jusqu'en 1818.
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Carte historique – 1794 : Les possessions britanniques en Amérique du Nord (Samuel Lewis)
Les revendications britanniques à l'égard de la région reposaient sur l'exploration, l'utilisation commerciale et la Convention de Nootka (1790) par laquelle Londres avait acquis les territoires espagnols au Nord de la baie Nootka dans l'île Vancouver. Les revendications américaines avaient des fondements semblables, surtout après 1819, quand les États-Unis s'entendirent avec l'Espagne au sujet de leurs frontières occidentales et firent l'acquisition du reste des territoires espagnols au Nord du 42e degré de latitude.
La Russie était activement présente sur la côte du Pacifique depuis 1741. Dans une directive émise par le tsar Alexandre 1er en 1821, la Russie revendiquait les territoires côtiers jusqu'au 51e parallèle.En 1824, la Russie a cédé aux États-Unis ses territoires situés au Sud du 54° 40´ de latitude Nord, et l'année suivante, elle a convenu avec la Grande-Bretagne que sa frontière intérieure suivrait le 141e méridien et une ligne délimitée par les sommets de la chaîne côtière, vers le Sud jusqu'au 56e parallèle, là où elle coupe la passe Portland.
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Carte historique – 1854 : Amérique du Nord britannique (John Arrowsmith)
Au cours des années, la Grande-Bretagne et les États-Unis avaient acquis des territoires qui se chevauchaient sur la côte du Pacifique, entre les 42° et 54° 40´ de latitude Nord. C'est par le Traité de l'Oregon, conclu en 1846, que les pays se sont entendus pour de bon sur le tracé de la frontière actuelle dans cette région.
Depuis l'Acte constitutionnel de 1791, l'Amérique du Nord britannique était divisée en colonies relevant d'administrations distinctes : le Haut-Canada, le Bas-Canada, le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse. (Terre-Neuve, considérée parfois comme étant la sixième colonie, avait un statut quelque peu différent de celui des autres.) Le reste de l'Amérique du Nord britannique relevait de la charte de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
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Carte historique – 1802 : Une nouvelle carte de la province du Bas-Canada (Samuel Holland)
Les cinq principales colonies étaient administrées de façon semblable. Chacune avait à sa tête un gouverneur ou un lieutenant-gouverneur nommé par la couronne; il relevait et recevait ses ordres du Gouvernement impérial de la Grande-Bretagne, par l'intermédiaire du Secrétaire colonial au Bureau des colonies. Chaque gouverneur gérait les affaires civiles de sa colonie à sa manière, mais il rendait compte à un gouverneur général, qui habitait à Québec, pour ce qui regardait les affaires intéressant toute l'Amérique du Nord britannique.
Chaque colonie avait un conseil législatif dont les membres étaient nommés à vie par la couronne, sur la recommandation du gouverneur. L'Assemblée législative était le seul organe représentatif dans chaque colonie; les membres en étaient élus par les propriétaires francs pour un mandat de quatre ans.
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Le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe, à la première législature du Haut-Canada, à Navy Hall, dans la ville de Newark (Niagara), 1792
ATous les projets de loi devaient être déposés devant les deux chambres (l'Assemblée législatif et le Conseil législatif) et recevoir la sanction du gouverneur. En 1817, un gouverneur s'est finalement établi dans l'île terre-neuvienne, et une assemblée législative a été élue à St. John's en 1824. L'année suivante, un conseil exécutif a été nommé, mais le reste de l'île n'a eu droit à un gouvernement représentatif qu'en 1832.
En mars 1821, la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d'Hudson ont fusionné; le 5 décembre de la même année, aux termes d'une loi du Parlement (datée du 2 juillet 1821), la nouvelle compagnie, qui conserva le nom de Compagnie de la Baie d'Hudson, a obtenu du Bureau des colonies le droit exclusif de commercer avec les autochtones de l'Amérique du Nord britannique. Comme auparavant, le gouverneur et le Comité de la Compagnie de la Baie d'Hudson, à Londres, dirigeaient toutes les affaires de cette dernière.
En 1823, l'Amérique du Nord britannique avait été divisée en deux départements, soit ceux du Nord et du Sud. Chacun fut subdivisé en districts de traite des fourrures ayant à sa tête un gouverneur nommé par le Comité de Londres et lui rendant compte. Le gouverneur bénéficiait de l'aide d'un conseil des agents principaux (chief factors) et des négociants de chacun des districts. Ces chefs étaient eux aussi nommés par le Comité de Londres.
En 1811, le comte de Selkirk, principal actionnaire de la Compagnie de la Baie d'Hudson, avait obtenu de celle-ci une concession de 116 000 milles carrés (300 500 kilomètres carrés) pour fonder une colonie sur les bords de la rivière Rouge.
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Les premiers colons arrivant à la colonie de la rivière Rouge, en 1812, avec le premier gouverneur de la colonie, Miles Macdonell
Le District de l'Assiniboine, comme le territoire s'appelait, était administré par un gouverneur (le premier fut nommé par le Comité de Londres en 1812) et par un petit conseil. Comme ce district se trouvait à L'intérieur du Département du Nord, le gouverneur de ce dernier avait la préséance. Les deux gouverneurs relevaient du Comité de Londres.
L'ancien Domaine du Roi, qui regroupait les Postes du Roi (compagnie de traite des fourrures) formait la seule partie importante de l'Amérique du Nord britannique qui échappait au contrôle de la Compagnie de la Baie d'Hudson. John Goudie, de Québec, avait obtenu le bail de ce territoire en 1821. Dans un secteur de la seigneurie orientale de Mingan, contrôlé par la Compagnie, et dans la partie Sud du Haut-Canada se trouvaient quelques commerçants indépendants. Il est difficile de savoir combien il y en avait et où ils étaient établis.
Le département du Nord comptait 15 districts où existaient 60 postes à la fin de 1823. York Factory en était l'entrepôt et le centre administratif. Le département du Sud comportait huit districts où une trentaine de postes, administrés depuis Moose Factory, avaient été établis.
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Magasin de la Compagnie de la Baie d'Hudson, à Moose Factory, en Ontario, avec ses balances pour la pesée. Il a été bâti entre 1672 et 1673, et c'était le deuxième poste de traite de la Compagnie.
Un district du Sud (Montréal) et les postes situés dans les seigneuries de Mille-Vache, Portneuf et Mingan étaient administrés depuis Lachine par la McGillivrays, Thain and Company, agent de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Celle-ci avait loué les seigneuries à leurs exploitants en 1821 pour une période de 21 ans, en échange de £300 par année dans le cas des Mille-Vaches (avec Portneuf), et de £500, dans celui de Mingan.
La population de l'Amérique du Nord britannique était en grande majorité rurale et vivait dans des fermes dispersées et de petits villages échelonnés le long des rivages et des vallées de la côte Atlantique, dans le Bas-Saint-Laurent et jusqu'aux rives Nord du lac Ontario. L'agriculture, la pêche et la coupe du bois dominaient leur économie. Sur les deux rives du golfe Saint-Laurent, à l'est de la rivière Saguenay et le long de la côte terre-neuvienne, de nombreuses stations saisonnières de pêche et de chasse au phoque avaient été mises sur pied. Mises à part quelques familles établies dans les stations de plus grande envergure, en Gaspésie et dans le détroit de Belle-Isle, aucune de ces dernières n'avait de population permanente.
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Station de pêche française à Terre-Neuve, sur la côte Ouest.
Sur la côte du Labrador, des pêcheurs avaient commencé à s'installer près de Rigolet, au début du XIXe siècle. Au Nord, les Moraviens avaient fondé des missions chez les Inuit à Nain (1771), Okak (1776) et Hopedale (1782). Les Moraviens (groupe religieux protestant fondé au XVe siècle) et les autorités britanniques s'efforçaient de décourager la colonisation du Labrador par les Européens.
Dans les vastes étendues situées à l'Ouest des terres colonisées par les Européens en Amérique du Nord britannique vivaient quelque 140 000 Autochtones. Parmi eux s'étaient établis environ 1300 Européens, dont la moitié avait élu domicile dans la colonie de la rivière Rouge; il y avait aussi à peu près 2 000 Métis. Directement ou non, la traite des fourrures dominait la vie de tous ces gens et, de plus en plus, celle des habitants d'ascendance autochtone également.
En 1825, la population d'origine européenne qui habitait dans ce qui est aujourd'hui le Canada se chiffrait à environ 943 000 personnes. En outre, il y avait à peu près 146 000 Autochtones et sans doute 2000 Métis, ce qui faisait grimper le total à 1 090 000 à peu près. Ce chiffre ne comprend pas les pêcheurs de passage et il ne rend pas précisément compte de la population de la colonie du Bas-Canada. Chez la population européenne, 51 % des habitants (480 588) vivaient dans le Bas-Canada et, de ce nombre, environ 85 % étaient d'origine française.
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Venaient ensuite les colonies du Haut-Canada, avec 16,7 % (157 923) de la population, et de la Nouvelle-Écosse, avec 15,2 %. Les colonies les moins nombreuses étaient celles du Nouveau-Brunswick, avec 7 % (72 327) de la population, de Terre-Neuve, avec 6,3 % (59 721), et de l'Île-du-Prince-Édouard, avec 2,8 % (27 011). Dans toutes ces colonies, il n'y avait que cinq villes de plus de 3000 âmes, à savoir Montréal (31 516), Québec (22 101), Halifax (14 439), St. John’s (10 000) et Saint John (8000).