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La forêt boréale


Nous vous invitons à explorer la forêt boréale, un milieu où se marient splendeur et beauté. Vous apprendrez à connaître quelques-uns des arbres, des plantes, des animaux et des oiseaux qui habitent ce milieu naturel. Nous vous brosserons un tableau de l'histoire de nos peuples autochtones alors qu'ils étaient un maillon de l'écosystème forestier et nous vous expliquerons les répercussions de notre exploitation de la forêt. Vous comprendrez l'importance économique de la forêt boréale pour les Canadiens. L'évolution des attitudes et l'adoption d'une stratégie moderne d'aménagement forestier contribuent à la protection de la forêt boréale pour les générations à venir.

Liste de sujets :



Qu'est-ce que la forêt boréale canadienne?

Reposant sur les épaules de l'Amérique du Nord comme un manteau émeraude, la forêt boréale, ou taïga, est le plus vaste biome ou unité biogéographique du Canada. Limitée par la toundra au nord et par les prairies et la forêt de feuillus au sud, elle représente 35% de la superficie totale du Canada et 77% des forêts canadiennes. Les animaux, les plantes et les produits de la forêt boréale sont présents dans la vie quotidienne de chaque Canadien, allant des produits en papier aux traverses de chemin de fer en pin gris en passant par l'air que nous respirons. Tirant son nom du dieu grec du vent du nord Borée, la forêt boréale est un élément indissociable de ce que nous sommes.

Commençant au Yukon, la forêt boréale forme une bande de près de 1000 kilomètres qui s'étend jusqu'au sud-est de Terre-Neuve-et-Labrador. Bordée au nord par la limite des arbres et plus au nord par la toundra de l'Arctique, la forêt boréale est cernée au sud par les forêts subalpine et montagnarde de la Colombie-Britannique, les prairies des provinces des Prairies ainsi que la forêt des Grands Lacs et du Saint-Laurent en Ontario et au Québec.

La forêt boréale fait partie intégrante de notre économie, de notre histoire, de notre culture et de notre environnement naturel. Elle donne naissance à de nouvelles vies grâce à ses divers écosystèmes et aide à nous maintenir en vie grâce au renouvellement de l'air et des sols. Ce vaste ensemble de terres est parsemé de lacs, de ruisseaux et de rivières qui agissent comme les veines et les artères d'une grande partie de notre pays. Elle est également une importante source de produits forestiers et constitue ainsi une partie significative du fondement économique du Canada.

Carte du Canada montrant les régions forestières du Canada[D]
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Figure 1 : Régions forestières du Canada

La région forestière boréale est l'une des neuf régions forestières du Canada. Ces régions se distinguent les unes des autres par leur relief, leurs sols et leur climat. La forêt boréale, en vert, est la plus vaste, occupant 77% des terres forestières du Canada.

La forêt boréale est caractérisée par la prédominance des conifères. L'étude des fossiles a permis de découvrir que ces espèces végétales sont apparues au miocène, soit il y a 12 à 15 millions d'années. Depuis, la forêt boréale s'est adaptée aux incendies, aux glaciations, aux épidémies d'insectes et aux maladies pour donner la forêt dont nous avons maintenant la garde. Ces perturbations naturelles sont et ont été de tout temps un facteur essentiel à l'équilibre écologique de la forêt. L'activité humaine, comme la coupe du bois, l'exploitation minière, la fabrication, la mise en valeur des ressources et les loisirs, exerce des contraintes sur le paysage et provoque des perturbations. Ces répercussions cumulatives et à long terme modifieront en profondeur la forêt boréale et risquent d'être catastrophiques.

Carte du Canada montrant la distribution de la couverture végétale de la forêt boréale[D]
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Figure 2 : La distribution de la couverture végétale de la forêt boréale

Les zones de végétation illustrées sur cette carte sont tirées d'une image-satellite composée et interprétée. En effet, cette image composée dépourvue de nuages de l'ensemble du pays a été produite grâce aux données recueillies pendant les étés de 1988 à 1991.

Un écosystème planétaire

La forêt boréale du Canada fait partie d'une bande circumpolaire de forêts composées essentiellement de conifères et ceinturant les zones subarctiques de l'hémisphère nord, en Russie, en Scandinavie et en Amérique du Nord. Dans son ensemble, la forêt boréale représente près de 25% de la forêt mondiale continue ainsi que de vastes étendues de forêt de transition.

Carte de la région circumpolaire de la forêt boréale [D]
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Figure 3 : Carte de la région circumpolaire de la forêt boréale

La répartition spatiale de la forêt boréale est grandement fonction des conditions climatiques. En effet, elle se rencontre dans les régions caractérisées par des hivers longs, secs et très froids et par des étés courts, humides et frais.

La mosaïque boréale

La forêt boréale est un écosystème complexe et dynamique composé de plantes, d'animaux, d'insectes et de micro-organismes qui vivent en harmonie avec leur milieu (sol, eau, air).

Photo aérienne de la forêt boréale[D]
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La forêt boréale

Les arbres sont l'élément le plus important et le plus visible de l'écosystème forestier. La forêt boréale est dominée par un petit nombre de conifères à feuilles aciculaires : épinettes, sapins, mélèzes (laricins) et pins.

Dessin des conifères de la forêt boréale[D]
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Conifères de la forêt boréale

Elle compte aussi plusieurs essences de feuillus et d'arbustes résistants au froid, dont le bouleau, le peuplier, le saule, l'aulne et le sorbier. Même si toutes ces essences et leur cortège d'arbustes, de plantes herbacées, de mousses, de lichens et de champignons se retrouvent dans l'ensemble de la forêt boréale, la composition végétale de la forêt varie beaucoup d'une région à l'autre, du nord au sud et de l'est à l'ouest.

Dessin des feuillus de la forêt boréale[D]
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Dessin des feuillus de la forêt boréale

Les perturbations d'origine naturelle influent sur la diversité de la forêt boréale. Les incendies, les épidémies d'insectes (comme la tordeuse des bourgeons de l'épinette), les maladies et les chablis s'abattent à des endroits et à des moments différents. Ces phénomènes engendrent une mosaïque de peuplements aux caractéristiques différentes (âge des arbres par exemple).

Dessin d'insectes dans la forêts boréale[D]
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Dessin d'insectes dans la forêts boréale

En dépit de la fraîcheur des températures, de la brièveté de la saison de croissance et de la pauvreté des sols en éléments nutritifs, la forêt boréale représente une biomasse sur pied importante. Voilà pourquoi elle est précieuse et influe sur le climat de la planète.

La forêt boréale se subdivise en deux grandes bandes transcontinentales ayant à peu près la même superficie : la forêt ouverte subarctique à lichens et la forêt dense à canopée fermée. Cette importante subdivision latitudinale de la forêt traduit une chute progressive de la température du sud vers le nord.

La forêt ouverte subarctique à lichens

La forêt ouverte à lichens, située plus au nord, est un magnifique paysage fort peu connu des Canadiens en raison du faible nombre de collectivités et de routes (et du pullulement des mouches noires!). Les peuplements ouverts d'épinettes et de pins gris, accompagnés de sapins baumiers au Québec, forment de superbes paysages tapissés de lichens jaunes, verts et gris pâles. Les terrains qui ont brûlé depuis peu sont recouverts de bouleaux, de bleuets et d'autres petits arbustes à feuilles persistantes, dits sempervirents. Le mélèze colonise les dépressions humides alors que l'épinette noire, dont l'enracinement est superficiel, préfère les plateaux tourbeux au sol gelé et surélevé.

La forêt dense à canopée fermée

Plus au sud, la forêt dense à canopée fermée occupe un milieu aux conditions climatiques plus clémentes. Les arbres sont de plus grande taille et plus nombreux. La canopée fermée abrite un grand nombre de mousses, de plantes herbacées et d'arbustes. La forêt dense à canopée fermée est celle qui alimente les scieries et les usines de pâtes. Dans sa partie occidentale (c.-à-d. le nord de la Colombie-Britannique et les contreforts des Rocheuses en Alberta), les épinettes blanche et noire, le bouleau et le peuplier dominent le paysage. À l'est, sur les terrains précambriens de l'Ontario et du Québec, le pin gris et l'épinette noire prennent le relais. Il y a également de vastes régions au relief moins accidenté qui sont colonisées par des forêts particulièrement productives d'épinettes, de sapins et de pins.

Dessin de animaux de la forêt boréale[D]
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Animaux de la forêt boréale

Au sud de la forêt dense à canopée fermée, un sol riche donne lieu à des peuplements plus diversifiés comprenant des épinettes blanches et des peupliers. Plus à l'est, on trouve l'érable à sucre, le bouleau jaune, le pin rouge et le pin blanc. Ces forêts mixtes reflètent une hausse des précipitations lorsque l'on se dirige d'ouest en est. L'abondance des précipitations contribue non seulement à la croissance d'un plus grand nombre d'essences, mais encore à une prédominance accrue du sapin baumier, lequel est l'une des essences les plus importantes de la forêt qui s'étend du lac Supérieur à Terre-Neuve-et-Labrador.

Dessin des oiseaux de la forêt boréale[D]
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Les oiseaux de la forêt boréale

Dessin des plantes de la forêt boréale[D]
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Dessin des plantes dans la forêt boréale

Perturbations

Dans la forêt boréale, le feu est à la fois source de destruction et de vie. Le feu ravage régulièrement la forêt, laissant sur son passage des arbres brûlés et un sol noirci. Mais de ce sol naît une vie nouvelle : les plantes adaptées à ce genre de milieu apparaissent et des arbres robustes remplacent les arbres âgés. Le feu est un facteur de renouveau dans la forêt boréale, une partie intégrante du cycle de vie et un phénomène aussi vieux que la forêt elle-même.

Pendant la majeure partie du XXe siècle, on s'est efforcé de protéger la forêt du feu. Affligés par la perte d'une ressource précieuse, les gouvernements et les compagnies forestières ont lutté contre tous les incendies que leurs équipes d'intervention pouvaient atteindre. De nos jours, la protection de la vie, des biens immobiliers et des peuplements ayant la plus grande importance commerciale sont la priorité des pompiers forestiers. Lorsqu'un incendie ravage une région dont l'accès est trop difficile, on laisse la nature suivre son cours.

Photo d’un feu de forêt[D]
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Un feu de forêt

La forêt boréale est une mosaïque de peuplements qui sont, comme le veut la nature, la proie d'incendies à des moments différents de leur existence. Les peuplements de pin gris, par exemple, sont la proie des flammes tous les 15 à 35 ans. Certaines forêts d'épinettes (appelées pessières) subissent le même sort tous les 50 à 100 ans alors que certains peuplements de pin rouge ou de pin blanc peuvent brûler seulement une fois à tous les 200 ans. Par contre, le peuplier faux-tremble est généralement victime d'un incendie tous les trois à cinq ans. Les racines des arbres âgés, même s'ils ont été carbonisés, donnent naissance à de jeunes arbres. Autre forme de survie : les graines de l'épinette noire et du pin de Murray peuvent demeurer en vie dans leurs cônes pendant des années. Le feu provoque l'ouverture des cônes et libère les graines dans la nature. Tombant sur le sol riche en éléments nutritifs libérés par l'incendie, les graines germent et prennent racine. L'épilobe à feuilles étroites est la première plante à coloniser le sol carbonisé.

La foudre est à l'origine d'environ 85% des incendies qui détruisent annuellement 2,8 millions d'hectares de forêt. Les autres incendies sont provoqués par des humains, dont les campeurs et les fumeurs imprudents. Les incendies d'origine anthropique sont plus nombreux, mais représentent une superficie dévastée moins importante.

Le vent est l'allié de l'incendie. En effet, il assèche la forêt et la rend plus inflammable. Lorsqu'un incendie fait rage, le vent active la combustion et transporte des étincelles sur de grandes distances. De plus, le vent est l'une des raisons pour lesquelles les incendies sont généralement plus intenses le jour que la nuit, car le jour, le vent est plus fort, la température plus élevée et l'humidité plus faible.

On a créé un indice de danger de feu de forêt, qui tient compte à la fois des conditions météorologiques et des conditions sur le terrain, afin de donner des indices quotidiens des risques d'incendie. Tous les organismes provinciaux et territoriaux de lutte contre les incendies ont fusionné en 1982 pour former le Centre interservices de feux de forêt du Canada, situé à Winnipeg, qui a pour mission d'acheminer des pompiers forestiers, du matériel d'intervention et des avions aux quatre coins du pays et même à l'étranger.

Les mesures de lutte reposent avant tout sur ceux qui luttent sur le front même de l'incendie, c'est-à-dire dans des conditions dangereuses où règnent des températures élevées. Face au brasier, les pompiers forestiers tentent d'éteindre les flammes à l'aide de pelles, de pompes portatives, de boyaux et de bulldozers. Si l'incendie dégage trop de chaleur ou se propage trop rapidement, les équipes d'intervention ont recours à un contre-feu ou à un brûlage de protection. Dans ce dernier cas, une bande de terre est brûlée devant le front de l'incendie dans l'espoir que les flammes s'éteindront lorsqu'elles atteindront la bande de protection. La pluie a été de tout temps la meilleure alliée du pompier forestier. Ensuite vient probablement le bombardier à eau comme le Canadair CL-215. Mis au point en 1967, il est le seul avion conçu spécialement pour recueillir en 10 secondes plus de 5000 litres d'eau en rasant la surface d'un lac et larguer en une seconde sa précieuse cargaison au-dessus d'un incendie.

Des incendies de forêt au Canada

Chaque année, on compte environ 9 000 incendies de forêt au Canada, dont la plupart ne détruisent que quelques hectares (1 hectare correspond à 2,47 acres). Par contre, certains d'entre eux sont immenses, faisant rage pendant des semaines et détruisant 100 000 hectares et plus. En moyenne, 2,1 millions d'hectares de forêt sont brûlés chaque année, et presque entièrement dans la forêt boréale (les feuillus de l'est du pays et la forêt pluviale de la côte du Pacifique sont presque à l'abri des incendies). À titre de comparaison, 800 000 hectares de forêt sont coupés chaque année au Canada.

Carte du Canada avec des points indiquant les feux de forêt[D]
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Figure 4 : Des points indiquant les feux de forêt

Les épidémies d'insectes

Les épidémies d'insectes perturbent considérablement les forêts de l'Est et du Centre du Canada, où des pullulations de la tordeuse des bourgeons de l'épinette ont causé des dégâts considérables aux peuplements de sapin et d'épinettes ayant une valeur commerciale. Entre 1980 et 1993, dans l'est du pays, plus de 6,6 millions d'hectares de forêt boréale ont été dévastés par la tordeuse. Sans les vastes épandages aériens, les dégâts auraient été encore plus catastrophiques.

Charte de perturbations dans la forêt boréale

Diagramme à barres représentant les perturbations dans la forêt boréale [D]
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Figure 5 : Les perturbations dans la forêt boréale

Rôle dans l'histoire du Canada

Il y a de 20 000 à 5 000 ans

  • Les glaces de la dernière glaciation, connue sous le nom de glaciation du Wisconsin, ont entamé leur recul il y a environ 20 000 ans et suivante cette période, la couverture forestière du Canada s'est étendue progressivement.
  • Il y a seulement 5 000 ans que la forêt boréale a pris la forme qu'on lui connaît actuellement.
  • Des populations autochtones ont commencé à habiter la forêt boréale, apportant avec elles leurs cultures; les brûlages dirigés sont fréquents : ils favorisent la croissance des plantes et la venue d'animaux nécessaires à la survie et facilitent la chasse et les déplacements.

De 1670 au début du XXe siècle

  • Des Européens ont parcouru la forêt boréale à la recherche de fourrures, laissant leur marque sur les populations animales et sur le mode de vie traditionnel des autochtones (1670 à 1870).
  • La demande de bois d'oeuvre et l'appauvrissement des forêts dans les régions colonisées du sud et de l'est ont contribué à l'exploitation de la partie méridionale de la forêt boréale (milieu des années 1880).
  • La hausse du degré d'alphabétisation et de la consommation a accru la demande de papier. Les premières usines de pâtes et papiers ont été construites dans la forêt boréale (de la fin des années 1880 au début du XXe siècle).

Après la Seconde Guerre mondiale

  • Les usines de pâtes et papiers déjà en place se sont agrandies et de nouvelles usines ont été construites.
  • Les scies à chaîne ont succédé aux haches et aux scies traditionnelles (années 50).
  • Les débusqueuses ont remplacé les chevaux pour le débardage et le transport du bois par camion a pris la relève du transport saisonnier par voie d'eau (années 70).
  • L'amélioration de l'équipement d'abattage a permis une coupe plus efficace (années 80).
  • Les nouvelles techniques et la mise au point de nouveaux produits permettent de mieux utiliser les arbres et les déchets de bois et d'utiliser des essences autrefois inutilisables (années 90).
  • Le recyclage (comme celui des journaux) prend de l'importance (années 90).

Pour les premiers peuples autochtones du nord du Canada, la forêt boréale était beaucoup plus qu'un paysage ou une ressource, elle était un monde en soi, un réseau naturel complexe de soutien sur lequel ils comptaient pour vivre. La forêt boréale leur fournissait la nourriture et les matériaux dont ils avaient besoin pour se protéger des éléments, se vêtir, se construire des moyens de voyager et se soigner. Ils s'en servaient pour fabriquer leurs outils et façonner leurs objets d'artisanat. Elle était la source de leur spiritualité.

Dessin d’un groupe d’autochtones portant des vêtements européens[D]
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Un groupe d’autochtones portant des vêtements européens

Les peuples autochtones qui ont choisi la forêt boréale pour y vivre croyaient faire partie d'un monde habité par des esprits. Pour eux, les animaux, les arbres et même les lacs et les cieux avaient une âme qui était à la fois distincte et apparentée à la leur. Voilà pourquoi les Innu, les Cris, les Ojibways et les Algonquins de l'est du pays et les Dénés de l'ouest ne recherchaient pas la promesse d'une vie après la mort, mais voulaient que les esprits les guident dans leur vie sur Terre.

Les peuples autochtones de la forêt boréale étaient des chasseurs nomades qui transportaient toutes leurs possessions avec eux. La forêt leur fournissait l'écorce et la résine pour leurs canots, le bois pour se chauffer et les peaux pour se vêtir. Leurs vêtements devinrent une forme d'expression artistique. Ils ornaient leurs manteaux, leurs moufles et leurs mocassins d'ouvrages de broderie alliant des poils d'orignal et des fils de couleur. Ils se servaient des piquants du porc-épic pour exécuter des fleurs et des dessins géométriques.

Les Ojibways, dont le territoire s'étendait dans toutes les directions à partir du lac Supérieur, étaient l'un des peuples autochtones qui tiraient leur subsistance de la forêt boréale. Dès leur naissance, leurs enfants découvraient toutes les richesses de la forêt. Un nouveau-né pouvait être emmailloté dans un vêtement fait de peaux de lièvres et tapissé de mousse de sphaigne absorbante en guise de couche. La sphaigne protégeait le nourrisson des maladies grâce à ses vertus antibiotiques. Le premier bol pouvait avoir été sculpté dans du bois d'épinette. En outre, le wigwam de la famille pouvait être construit de perches d'épinette recouvertes d'écorce de bouleau. Des branches d'épinette tapissaient le sol et servaient de coussin. À cause de leur odeur et des aiguilles, les branches éloignaient les petits mammifères, les reptiles et les insectes.

Les jeunes filles apprenaient divers métiers : le tannage, le travail du cuir, le tressage de paniers et la confection de marmites de cuisson en écorce de bouleau. Bien confectionnée, une marmite de ce genre était étanche et pouvait servir à faire bouillir de l'eau au-dessus des braises.

Dans son apprentissage de la vie, le jeune homme participait à la chasse. Il était armé d'un arc tendu de viscères d'animaux, de flèches de bois de bouleau, de lances et de couteaux de bois, de pierre et d'os. Ces chasseurs et ces cueilleurs ne prenaient de la forêt que ce dont ils avaient besoin, car ils respectaient le don qui leur était fait. Après la chasse ou même après une activité comme la cueillette de petits fruits, ils remerciaient le Grand esprit et le Créateur.

Une source d'emplois et de richesse pour les Canadiens

En raison de l'explosion démographique qu'a connue la planète au cours des cinquante dernières années, la demande de bois d'oeuvre et de bois à pâte a atteint un niveau encore inimaginable il y a 70 ou 80 ans. Parallèlement, la technologie a permis aux bûcherons de pénétrer plus en profondeur dans la forêt et leur a donné des outils de coupe plus efficaces. La hache a été remplacée par la scie à chaîne, à laquelle a succédé l'abatteuse multifonctionnelle qui est capable de couper des milliers d'arbres par jour. Autrefois, on se servait des cours d'eau pour transporter les grumes jusqu'aux scieries. De nos jours, elles sont transportées par camion toute l'année. Environ la moitié de la vaste forêt boréale du Canada est accessible par route et par chemin de débardage.

La foresterie constitue la plus importante industrie d'exploitation des ressources naturelles au Canada. L'excédent commercial de nos produits forestiers est presque équivalent à l'excédent combiné des secteurs de l'agriculture, de l'énergie, des pêches et des mines. Le Canada est le plus grand exportateur de produits ligneux au monde. L'industrie forestière est une importante source d'emplois. En 1993, la sylviculture, la coupe, les industries du bois et le secteur des produits de papier et des produits connexes étaient à l'origine d'environ 352 000 emplois directs et de milliers d'emplois indirects dans le secteur des biens et des services. La survie de bon nombre de collectivités canadiennes dépend entièrement ou fortement de l'exploitation de la forêt boréale. Ces collectivités présentent très peu de possibilités d'emploi en dehors de l'industrie forestière et sont à la merci des changements cycliques et saisonniers que connaît l'industrie.

Le tourisme

Malgré sa prépondérance, la foresterie n'est pas la seule activité économique de la région de la forêt boréale. En effet, l'extraction minière, l'exploitation du pétrole et du gaz naturel, la chasse, le piégeage, la pêche, le tourisme, les loisirs et l'industrie des services connexes sont aussi présents. En outre, les cours d'eau et les lacs sont une source d'eau et d'énergie pour l'économie canadienne. La forêt boréale est aussi à l'origine d'activités de subsistance dans certaines régions rurales. De plus, l'économie, le tissu social et les valeurs culturelles d'un nombre considérable de collectivités autochtones reposent sur l'écosystème boréal.

Photo de deux personnes en canoé[D]
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Deux personnes en canoé

La forêt boréale a beaucoup plus à offrir qu'une source d'emplois et des excédents commerciaux avantageux. Pour des millions de Canadiens, elle est un refuge récréatif et spirituel, un endroit où il est possible de faire de la randonnée et du canot, de camper, de pêcher et de prendre des photos, un endroit où l'on peut aussi se rendre pour admirer simplement la nature et prendre un bon bol d'air pur. Ses lacs, ses arbres et ses formations rocheuses, ses oiseaux et ses animaux sont à la base d'une industrie touristique représentant des centaines de millions de dollars.

Secteur forestier

Au Canada, un travailleur sur seize dépend directement du secteur forestier. En 1999, les exploitation forestière employaient 58 000 personnes; les services forestier, 22 000; l'industrie du bois 154 000 et celles de papier et activités connexes 118 000, soit au total 352 000 emplois directs. (Données tirées de L'état des forêts au Canada, 1999-2000, Ressources naturelles Canada)

Photo d'une scierie[D]
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Scierie

Diagramme à barres indique la répartition de la main d’œuvre dans la région de la forêt boréale au Canada, en 1981 et 1991[D]
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Figure 6 : La répartition de la main d’œuvre dans la région de la forêt boréale au Canada, en 1981 et 1991

Facteurs cumulatifs qui menacent l'utilisation durable de la forêt

L'activité humaine exerce des pressions croissantes sur l'écosystème boréal et certaines régions sont plus durement éprouvées que d'autres. C'est précisément l'intensité et l'association de ces pressions qui peuvent finalement, au fil des ans, mettre à l'épreuve la résistance de l'écosystème.

Les méthodes de gestion de la forêt, comme la lutte contre les incendies et les insectes, la coupe rase et la plantation, sont appliquées aux forêts accessibles à l'exploitation. On craint de plus en plus que ces méthodes provoquent à long terme une modification de la composition des espèces, une réduction de la diversité génétique et du nombre d'espèces ainsi qu'une vulnérabilité accrue de la forêt à d'autres phénomènes perturbateurs.

Les terres forestières peuvent être soustraites à toute forme d'aménagement du territoire ou d'exploitation, comme les routes, les corridors d'acheminement de l'électricité, les pipelines, les barrages hydro-électriques, les mines, le développement urbain et les loisirs. Les grands projets d'aménagement du territoire, comme les barrages hydro-électriques, peuvent perturber l'écosystème, supprimer des habitats fauniques et nuire grandement aux espèces animales et végétales. En outre, ils peuvent avoir des répercussions sur le mode de vie des peuples autochtones d'une région. Les effets cumulatifs de projets, même de petite envergure, peuvent engendrer des pertes et des perturbations considérables au cours des ans.

Les herbicides, les pesticides et les polluants que contiennent les émissions produites par les industries ont aussi une incidence sur l'écosystème. Le dépôt acide dû au transport à grande distance des polluants atmosphériques a nui aux organismes vivants de beaucoup de lacs du Québec et de l'Ontario. En outre, ces polluants peuvent affaiblir les arbres des zones sensibles de la forêt boréale et ralentir leur croissance. Bon nombre de ces polluants atmosphériques proviennent de l'extérieur de la forêt boréale.

Espèces menacées de disparition

Dessins d'espèces menacées de disparition[D]
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Grue blanche et bisons des bois

Le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) a déclaré que la grue blanche d'Amérique (Grus americana) et le bison des bois (Bison bison athabascae), deux espèces de la forêt boréale, sont menacés.

Répartition des espèces entre les régions exploitées et non exploitées

Le remplacement des conifères par des feuillus dans les régions exploitées de la forêt boréale peut se produire quand l'exploitation forestière remplace l'incendie comme facteur de perturbation. La variation spatiale de la répartition des essences contribue également à expliquer les différences de composition végétale dans les régions exploitées et non exploitées.

Diagramme à barres montrant la répartition des espèces d’arbres dans les régions exploitées et non exploitées de la forêt boréale[D]
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Figure 7 : La répartition des espèces d’arbres dans les régions exploitées et non exploitées

Mesures et politiques visant un développement durable

L'aménagement actuel de la forêt boréale relève dans une large mesure de la compétence des provinces. En effet, chaque province possède ses propres lois, règlements et politiques qui régissent l'octroi des droits de coupe, définissent les responsabilités en matière d'aménagement forestier, comme la surveillance des activités de coupe, et encouragent l'adoption de bonnes pratiques de coupe et de reboisement. Ayant la garde d'un peu plus de 5 % de la forêt boréale, le gouvernement fédéral joue aussi un rôle : recherche scientifique, développement économique, relations extérieures et commerce international, homologation des pesticides. Les deux ordres de gouvernement protègent des étendues considérables de forêt boréale grâce à un réseau national et provincial de parcs, de réserves écologiques, de sanctuaires, de zones de conservation et de réserves naturelles intégrales. En outre, les gouvernements ont adopté comme politique d'interdire la coupe dans les espaces sensibles, comme ceux caractérisés par un sol peu profond ou rocheux ou par une pente abrupte, ou les zones tampons qui bordent les routes, les lacs et les cours d'eau.

Diagramme à secteurs montrant la propriété foncière de la zone de la forêt boréale[D]
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Figure 8 : La propriété foncière de la zone de la forêt boréale

La majeure partie de la forêt boréale appartient à l'État. Les provinces en possèdent la part du lion. Les forêts qui relèvent du gouvernement fédéral se trouvent essentiellement dans les réserves et les parcs fédéraux et dans les territoires. Une infime partie de la forêt boréale appartient à des particuliers.

Pour atteindre l'objectif d'un développement durable des forêts, il faut régler un vaste éventail de problèmes complexes. Au début des années 1990, les responsables des forêts ont entrepris d'élaborer un plan directeur qui définirait les grandes lignes d'un aménagement écologique et coordonné des forêts au Canada. C'est de ce processus qu'est née la Stratégie nationale sur les forêts. En 1992, tous les ordres de gouvernement et les représentants de l'industrie, des peuples autochtones et des groupes de sensibilisation et de conservation l'ont approuvée. Selon les auteurs de la stratégie, la forêt boréale est tout aussi importante pour le randonneur, l'écologiste et Monsieur Tout-le-monde que pour le magnat du bois et le négociateur de marchandises. En outre, la stratégie encourage toute recherche susceptible d'enrichir nos connaissances sur la façon dont fonctionnent les écosystèmes forestiers et sur la façon de protéger et d'améliorer leur biodiversité et leur vigueur.

Carte des secteurs protégés et forêts d'intéret commercial[D]
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Figure 9 : secteurs protégés et forêts d'intéret commercial

Durabilité des forêts : un engagement canadien

Accord canadien sur les forêts, 1992 - Notre objectif est d'entretenir et d'améliorer à long terme la santé des écosystèmes forestiers au bénéfice de tous les êtres vivants, autant au niveau national qu'international, tout en assurant à la génération actuelle et aux générations futures de bonnes perspectives environnementales, économiques, sociales et culturelles.

Diagramme du cadre de planification de l’aménagement forestier au Canada[D]
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Figure 10 : cadre de planification de l’aménagement forestier au Canada

Garantir l'avenir du développement durable

L'un des objectifs de la Stratégie nationale sur les forêts consiste à procurer aux chercheurs un vaste laboratoire vivant. Pour ce faire, dix forêts modèles, dont cinq dans l'écosystème boréal, ont été créées au Canada. Chacune des forêts modèles représente des caractéristiques sociales, économiques et écologiques différentes. Les forêts modèles serviront aussi à mettre au point un vaste ensemble national de critères permettant de déterminer dans quelle mesure le Canada progresse vers une foresterie durable.

Carte des forêts modèles[D]
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Figure 11 : Forêts modèles

Dans le cadre du Programme des forêts modèles du Canada, on met au point et à l'essai de nouvelles méthodes d'aménagement forestier. Cinq des dix forêts modèles canadiennes sont situées dans la forêt boréale. Prenant exemple sur le Canada, d'autres pays se dotent également d'un réseau de forêts modèles.

D'ici l'an 2000, le Canada aura un réseau de zones protégées représentatives de ses écosystèmes forestiers. La classification et l'inventaire des conditions écologiques, menés à la fois par les gouvernements fédéral et provinciaux, permettent de mieux comprendre la composition et la structure de la forêt boréale.

Au Canada, l'aménagement forestier présente plusieurs tendances encourageantes. L'une de ces tendances met l'accent sur une augmentation des fonds qui y sont consacrés. En outre, il semble que les pesticides et les herbicides de synthèse soient moins utilisés et qu'ils soient remplacés par des méthodes de lutte biologique. L'industrie des pâtes et papiers a de moins en moins recours au chlore, aux dioxines et aux furannes à la suite de l'entrée en vigueur de règlements gouvernementaux et de l'émergence de nouvelles techniques.

À l'échelle internationale, le Canada a signé les accords internationaux sur la diversité biologique, le changement climatique et les principes de foresterie lors de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, tenue en juin 1992.

Les répercussions cumulatives et à long terme de l'activité humaine sur la forêt boréale demeurent incertaines, mais l'avenir est prometteur. On encourage tous les intéressés à aménager de façon durable les forêts en adoptant une démarche écosystémique et intégrée. La recherche, les politiques et les mesures actuelles progressent dans la bonne direction. En somme, nos obligations sont très simples : Il incombe à l'industrie forestière et à la société canadienne dans son ensemble de préserver l'intégrité de cet héritage que constitue la forêt boréale non seulement pour une utilisation contemporaine, mais encore pour les générations futures et pour le sort de l'environnement planétaire.

Diagramme à barres indiquant les changements relatifs aux dépenses en aménagement forestier, de 1977 à 1992[D]
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Figure 12 : Changements relatifs aux dépenses en aménagement forestier, de 1977 à 1992

Au cours de la dernière décennie, la hausse considérable des dépenses engagées en sylviculture et en protection des forêts traduit une tendance amorcée vers une foresterie plus intensive et à plus petite échelle afin de tenir compte des nombreuses utilisations et richesses de la forêt.

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