
Les terres humides sont les écosystèmes les plus riches du Canada. Elles le sont autant que bon nombre de forêts tropicales et encore plus que de bonnes terres agricoles. Représentant 6 % des terres émergées et des milieux d'eau douce, les terres humides contribuent énormément à maintenir l'équilibre de l'écosystème planétaire. Des centaines d'espèces différentes habitent les terres humides, s'y reproduisent et y élèvent leurs petits. Le Canada possède 14 % des terres humides de la Terre. De nos jours, l'urbanisation, le développement industriel et l'extension des terres agricoles menacent les terres humides.
Dans le module suivant, vous apprendrez où se situent nos terres humides, quelles sont les espèces qui en dépendent et vous découvrirez certaines activités humaines qui les menacent.
- on estime que plus de 20 millions d'hectares de terres humides ont été transformés en terres agricoles depuis la colonisation par les Européens
- 65 % des marais maritimes des provinces de l'Atlantique
- 70 % des terres humides du sud de l'Ontario
- 71 % des terres humides des Prairies
- 80 % des terres humides du delta du Fraser en Colombie-Britannique
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Figure 1 : Pourcentage de la couverture des terres humides
Les terres humides sont considérées comme l'un des écosystèmes les plus productifs de la planète. Beaucoup d'espèces animales habitent les terres humides, car ils y trouvent en abondance la nourriture et la végétation dont ils ont besoin. Les terres humides constituent un habitat unique pour beaucoup d'espèces animales et végétales. Des milliers d'oiseaux migrateurs et d'oiseaux de rivage, comme les canards, les oies, les cygnes, les grues, les mouettes et les bécasseaux, se reproduisent, nidifient et hivernent dans les estuaires et les marais. Les terres humides sont aussi fréquentées par beaucoup de prédateurs, comme le martin-pêcheur, la chouette et l'aigle-pêcheur (balbuzard).
Beaucoup d'espèces de poissons ayant une valeur économique et récréative se reproduisent et passent une partie, sinon la totalité de leur vie dans les terres humides. Parmi ces espèces, on compte l'achigan, l'éperlan, le capelan, l'anguille, la carpe, le brochet du Nord, la perche et le doré.
Les terres humides sont aussi habitées par un grand nombre d'amphibiens et de reptiles. Parce qu'ils passent une partie de leur vie dans l'eau, les amphibiens, en particulier les grenouilles et les salamandres, ont besoin des terres humides pour se reproduire et pour hiverner. Contrairement aux amphibiens, les reptiles dépendent moins de ce type de milieu. Cependant, la plupart des espèces de tortues au Canada ne vivent que dans les terres humides.
Les mammifères ne sont pas en reste. Beaucoup d'espèces comptent sur l'eau et les plantes aquatiques, aussi appelées hydrophytes, pour leur survie alors que d'autres vivent dans les terres humides pour se nourrir, se mettre à l'abri des prédateurs ou pour se reproduire. Les terres humides hébergent des rongeurs (comme le rat musqué, le castor, la souris et le lièvre), des cervidés (comme l'orignal et le caribou), des carnivores (comme le loup) et des omnivores (comme l'ours).
Des mammifères marins, comme le phoque commun et le lion de mer, vivent dans les estuaires. Beaucoup d'espèces de poissons et d'invertébrés dépendent des estuaires et des terres humides du littoral. Les crustacés, les poissons et les mollusques vivent et se reproduisent dans ces milieux et s'en servent comme alevinière. Bon nombre d'espèces de poissons d'eau douce se reproduisent, grandissent et se mettent à l'abri dans les terres humides alimentées par les eaux douces.
Les terres humides sont probablement mieux connues pour les oiseaux qui les fréquentent et qui en dépendent. Des milliers d'oiseaux migrateurs et d'oiseaux de rivage se reproduisent, nidifient et hivernent dans les marais, qu'il soient continentaux, estuariens ou maritimes. On y observe des canards, des oies, des cygnes, des grues, des mouettes, des bécasseaux et des oiseaux de proie comme l'aigle-pêcheur (balbuzard). Environ 50 % de la sauvagine nord-américaine élit domicile dans les nombreux marécages des Prairies.
Les terres humides comptent aussi beaucoup d'espèces d'insectes et de mollusques (des invertébrés). On en dénombre des milliers, mais seules certaines d'entre elles, comme les libellules, les écrevisses et les palourdes, sont caractéristiques des terres humides.
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Montage de dessins de différents animaux
Beaucoup d'espèces menacées d'extinction habitent les terres humides. Au Canada, plus de 200 espèces d'oiseaux (45 espèces d'oiseaux aquatiques) et plus de 50 espèces de mammifères dépendent des terres humides pour leur survie. Bon nombre de ces espèces sont menacées. Les terres humides sont un habitat particulièrement important pour les animaux et les plantes : le tiers des espèces reconnues par le Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) vivent dans les terres humides ou à proximité de celles-ci.
On dit souvent des terres humides qu'elles sont les reins de la nature parce qu'elles fonctionnent comme un système naturel de filtration. Certains types de terres humides peuvent retenir et dépolluer des eaux usées. Cette épuration est essentiellement due à l'action des plantes : elles absorbent des éléments nutritifs et les acheminent ainsi dans la chaîne alimentaire. En outre, les plantes ralentissent la circulation de l'eau et favorisent ainsi le dépôt de sédiments. En plus d'être une source de nourriture pour d'autres espèces, les plantes oxygènent le milieu grâce à la photosynthèse. À proximité des centres urbains et des terres agricoles, les terres humides contribuent grandement à l'épuration des eaux.
Grâce à leur capacité de retenir l'eau, les terres humides constituent également une barrière naturelle contre les inondations en ralentissant le débit de l'eau de fonte au printemps et de l'eau pluviale d'orage. Cette propriété de rétention de l'eau de fonte rend les terres humides très utiles dans de nombreuses régions du Canada où le faible débit des cours d'eau en été cause souvent de sérieux problèmes d'approvisionnement en eau. Plus le bassin-versant compte de terres humides, plus il est possible d'éviter de sérieux problèmes de ce genre.
Enfin, les terres humides contribuent à lutter contre le réchauffement climatique du globe dû à l'émission de gaz carbonique dans l'atmosphère. Les terres humides sont des puits de carbone : le carbone issu des tissus animaux et végétaux en décomposition s'accumule dans les terres humides plutôt que d'être rejeté dans l'atmosphère sous forme de gaz carbonique.
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Figure 2 : Les terres humides sont des puits de carbone
Au Canada, les terres humides occupent plus de 1,2 million de kilomètres carrés (127 millions d'hectares), soit 14 % de la superficie totale du pays. La répartition des terres humides varie beaucoup selon les régions. La plupart des terres humides se trouvent au Manitoba, en Ontario et dans les Territoires du Nord-Ouest.
| Province et Territoire | Hectares | Pourcentage de la superficie de la province ou du territoire |
Pourcentage de la superficie totale canadienne |
|---|---|---|---|
| Colombie-Britannique | 3 120 000 | 3 | 2 |
| Alberta | 13 704 000 | 21 | 11 |
| Saskatchewan | 9 687 000 | 17 | 8 |
| Manitoba | 22 470 000 | 41 | 18 |
| Ontario | 29 241 000 | 33 | 23 |
| Québec | 12 151 000 | 9 | 10 |
| Nouveau-Brunswick | 544 000 | 8 | <1 |
| Nouvelle-Écosse | 177 000 | 3 | <1 |
| Île-du-Prince-Édouard | 4 000 | <1 | < |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 6 792 000 | 18 | 5 |
| Territoires du Nord-Ouest | 27 794 000 | 9 | 1 |
| Territoire du Yukon | 1 510 000 | 3 | 22 |
Les terres humides sont des milieux recouverts d'eau régulièrement ou en permanence. Ce ne sont ni des étendues de terre ferme ni des masses d'eau. En règle générale, les terres humides sont des milieux d'eau douce mais, en bordure des côtes, on observe beaucoup de terres humides alimentées par la mer. Au Canada, on compte cinq types de terres humides : tourbières oligotrophes, tourbières minérotrophes, marais, marécages, étendues d'eau peu profondes. Chaque type de terre humide présente des caractéristiques biologiques et hydrologiques qui lui sont propres. Voici une courte définition de ces cinq types de terres humides. Pour en savoir davantage, veuillez consulter le glossaire en appuyant sur la touche située au bas de la page.
La tourbière oligotrophe est un milieu colonisé par des mousses, des arbustes de petite taille et même des arbres.
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Tourbière oligotrophe
Le marais est inondé régulièrement ou en permanence. Il est colonisé par des formations de carex, de plantes herbacées, de joncs et de roseaux entrecoupées de chenaux. Le marécage est un milieu caractérisé par un écoulement de l'eau inexistant ou très lent.
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Tourbière minérotrophe
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Tourbières
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Marécage
Les étendues d'eau peu profondes sont des milieux où le fond se trouve à moins de deux mètres. Sauf lorsqu'elles sont asséchées, ces étendues d'eau ne présentent aucune végétation émergente.
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Étendue d’eau peu profonde
Les terres humides n'ont jamais eu beaucoup de valeur aux yeux de l'homme. Elles étaient considérées comme des milieux inutilisables qui devaient être asséchés pour enfin servir à diverses fins (agriculture, construction de maisons, de routes ou de villes). Plus d'un septième des terres humides qui existaient au moment de l'arrivée des colons au Canada ont été transformées. De nos jours, reconnaissant de plus en plus leur importance comme habitat, comme source d'approvisionnement en eau et comme lieu de loisirs, les Canadiens cherchent à limiter la destruction des terres humides.
Beaucoup de terres humides du sud du Canada présentent des avantages économiques directs, comme la récolte du riz sauvage et des airelles rouges (canneberges) et l'exploitation de la tourbe et de la sphaigne à des fins horticoles. De récentes recherches, notamment dans les provinces de l'Atlantique, ont porté sur l'utilisation de la tourbe comme combustible. En outre, les terres humides peuvent être une source de produits forestiers. Dans la plaine d'argile du nord de l'Ontario, la coupe de l'épinette noire (Picea mariana) se fait surtout dans les terres humides.
Les activités récréatives peuvent être un agent de conservation ou de destruction des terres humides. La chasse, la pêche et l'observation des oiseaux ne comptent pas parmi les activités destructrices, contrairement à d'autres activités qui nécessitent la construction d'installations comme des marinas, des quais, des chalets et des plages.
Les terres humides canadiennes sont essentielles à la survie des oiseaux migrateurs de l'hémisphère occidental et de l'Arctique. Cette carte et les deux autres qui suivent indiquent les voies migratoires et les refuges d'oiseaux migrateurs.
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Figure 3 : Les grandes voies migratoires, refuges d’oiseaux migrateurs, réserves nationales de faune et sites Ramsar
Refuges d'oiseaux migrateurs, réserves nationales de faune et sites Ramsar au Canada
Chaque espèce animale et végétale sauvage a besoin d'un habitat, c'est-à-dire un endroit au climat favorable où elle peut se nourrir et s'abriter. Les animaux qui migrent ont besoin de plusieurs habitats. Ils peuvent se reproduire dans un habitat l'été, hiverner dans un autre et se déplacer, selon une route de migration séculaire, entre ces deux habitats au printemps et à l'automne. Afin de préserver la diversité des espèces et leurs populations au Canada, il faut préserver les milieux dans lesquelles elles vivent.
Le Canada est reconnu pour l'abondance de sa faune et la beauté de son environnement. Certains endroits magnifiques sont aussi des lieux de protection de la faune. Un réseau de réserves nationales de faune et de refuges d'oiseaux migrateurs, géré par le Service canadien de la faune, a été créé partout au Canada pour protéger la faune et son habitat.
Le réseau canadien compte approximativement 98 refuges d'oiseaux migrateurs qui occupent une superficie d'environ 11,3 millions d'hectares (soit environ le double de la Nouvelle-Écosse). Le règlement sur les refuges d'oiseaux migrateurs interdit la perturbation du cadre écologique des oiseaux migrateurs, leur chasse et la collecte de leurs oeufs à l'intérieur des refuges. En outre, les armes à feu sont interdites et les animaux domestiques doivent être tenus en laisse.
Les premiers refuges d'oiseaux migrateurs ont été créés en 1917 pour protéger les oiseaux migrateurs des nuisances et de la chasse. Vers le milieu du siècle, la destruction et la dégradation des milieux étaient telles qu'elles menaçaient la survie des oiseaux et des autres espèces. La création de réserves nationales de faune a été l'une des mesures qui ont été prises pour protéger les habitats. Aujourd'hui, près de 300 000 hectares sont protégés et renferment une grande diversité d'habitats qui présentent un intérêt à la fois national et international.
Les sites Ramsar sont un autre type de refuge pour les oiseaux migrateurs. Au Canada, 32 sites ont été désignés, conformément à la Convention de Ramsar (du nom de la ville iranienne où la convention a été signée), comme zones humides d'importance internationale en vue de la promotion des mesures de conservation des voies migratoires intercontinentales. Dix-sept des refuges d'oiseaux migrateurs ou des réserves nationales de faune sont des sites Ramsar ou font partie de sites Ramsar.
En outre, deux sites au Canada sont désignés comme des Réserve d'oiseaux de rivage de l'hémisphère occidental. Ce réseau est formé de sites dont l'existence en Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud est essentielle comme escales lors des migrations annuelles d'un grand nombre d'oiseaux de rivage. Certaines de ces voies migratoires ont parfois plus de 10 000 kilomètres.
Quelques faits sur les refuges d'oiseaux migrateurs et les réserves nationales de faune
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Bécasseau
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Fuligule à tête rouge
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Oies des neiges
Les terres humides se trouvent sur les principales voies migratoires et les oiseaux les utilisent comme relais pour se nourrir, s'accoupler et nidifier. Les terres humides du Canada sont essentielles à la survie des populations d'oiseaux en Amérique du Nord et dans les régions polaires. Les Réserves d'oiseaux de rivage de l'hémisphère occidental et les 32 sites désignés par la Convention relative aux zones humides d'importance internationale particulièrement comme habitat de la sauvagine encouragent la conservation des habitats qui se trouvent sur les grandes routes migratoires.
Les terres humides situées à proximité des centres urbains sont les plus menacées, même si elles sont les milieux les plus appréciés pour les loisirs. Elles sont détruites parce qu'elles font obstacle à beaucoup d'activités de l'homme. La perte de terres humides est essentiellement due à leur transformation en terres agricoles. En effet, ce phénomène est responsable de la destruction de 85 % des terres humides depuis le début du XIXe siècle. La construction de lotissements et de routes, les droits de passage des sociétés de services publics et l'aménagement de vastes terrains destinés à des centres commerciaux, des usines, des aéroports, des ports et des réservoirs hydroélectriques contribuent également à la disparition des terres humides.
Lorsque les terres humides disparaissent, la faune et l'homme sont les grands perdants. Lorsque les terres humides des régions agricoles sont détruites, la salinisation du sol augmente, ce qui a pour effet de faire chuter le rendement agricole. Dans les régions agricoles et urbaines, la destruction des terres humides et de leur faculté d'absorption de l'eau peut entraîner des problèmes dus au ruissellement accru après les orages.
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Figure 4 : Les terres humides menacées
À l'heure actuelle, on met en oeuvre de vastes programmes visant à promouvoir la conservation des terres humides au Canada. Le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine, réunissant le Canada, les États-Unis et le Mexique, protégera plus de 2,5 millions d'hectares de terres humides au Canada. De 1988 à 1993, plus de 700 000 hectares ont été protégés. Au cours des dix prochaines années, le Plan aura d'importantes retombées biologiques, écologiques, pédologiques, hydrologiques et socio-économiques. Le gouvernement du Canada est le premier gouvernement au monde à adopter une politique nationale sur les terres humides. Les provinces prennent aussi des mesures semblables. Toutes ces politiques visent plus de 70 % des terres humides du Canada.
Conseil nord-américain de conservation des milieux humides (Canada). 1993. Les terres humides : Un hymne à la vie, Rapport final du Groupe de travail canadien sur la conservation des terres humides, communication 1993-1.
Environnement Canada. 1991. Rapport sur l'état de l'environnement.
Environnement Canada. 1994. Les réserves nationales de faune et les refuges d'oiseaux migrateurs, La faune de l'arrière-pays, Service canadien de la faune.
Environnement Canada et Service canadien de la faune. 1991. Habitat faunique Canada, L'état des habitats fauniques au Canada : Réalités et vision.
Fédération canadienne de la faune. 1990. Project WILD. Ottawa.
Gosson, C.M.C. et C.D.A. Rubec. 1994. Terres humides, carte-affiche MCR 1400, Service d'information de l'Atlas national, Ressources naturelles Canada.