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Sensibilité des côtes à l'élévation du niveau de la mer

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Résumé

Est ici illustrée la sensibilité des zones côtières du Canada à la montée attendue du niveau de la mer. Dans ce contexte, sensibilité signifie la mesure dans laquelle une zone côtière est susceptible de subir des perturbations d'ordre physique telles qu'inondations, érosion, migration des plages et déstabilisation des dunes littorales. On s'attend à ce que le réchauffement climatique augmente la température des océans et fasse fondre une partie de la glace des glaciers et des calottes glaciaires, et que cela entraîne à l'échelle de la planète une hausse du niveau moyen de la mer. Deux régions principales de haute sensibilité ont été identifiées : le Canada atlantique et certaines parties de la côte de la mer de Beaufort.


Le thème

On s'attend à ce que le réchauffement climatique augmente la température des océans et fasse fondre une partie de la glace des glaciers et des calottes glaciaires, et que cela entraîne à l'échelle de la planète une hausse du niveau moyen de la mer. À la fin de ce siècle, le niveau moyen de la mer pourrait avoir augmenté de 0,09 à 0,88 mètres (le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, 2001). Et comme le Canada possède un littoral de plus de 203 000 kilomètres, l'élévation éventuelle du niveau de la mer constitue une question importante.

Cette carte montre la sensibilité des côtes canadiennes à l'élévation prévue du niveau de la mer causée par le réchauffement climatique. La sensibilité est un indicateur de la quantité de changements physiques (inondations, érosion, migration des plages et déstabilisation des dunes côtières) que peut subir un littoral. Elle se mesure par l'indice de sensibilité, une version modifiée de l'indice de vulnérabilité des côtes de Gornitz (1990). L'indice s'obtient en manipulant les points de 1 à 5 attribués aux 7 variables suivantes : relief, géologie, configuration de la côte, tendance du niveau de la mer, déplacement du rivage, amplitude de la marée et hauteur des vagues.

Projection de sensibilité

Comme il est indiqué sur la carte, les points de l'indice de sensibilité varient de 0,8 à 56,7. Les deux principales régions qui montrent une grande sensibilité sont : 1) la région de l'Atlantique (la majorité des côtes de la Nouvelle-Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick), et 2) certaines parties de la côte de la mer de Beaufort. On trouve aussi des petites régions grandement sensibles au Québec, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Colombie-Britannique.

Les ondes de tempêtes provoquées par l'élévation du niveau de la mer causeront de grands dommages aux communautés situées près du niveau de la mer. Un exemple de cela est l'inondation de Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) qui a été causée par une onde de tempête en janvier 2000. D'autres localités sont à risque, comme Placentia (Terre-Neuve-et-Labrador) et même le centre-ville de Halifax. Les basses terres situées à la pointe de la baie de Fundy sont aussi à risque. Cette région a déjà été dévastée par une énorme onde de tempête survenue en 1869, la marée « Saxby ». On prévoit que d'ici cinquante ans, une élévation accélérée du niveau de la mer provoquera une rupture des digues de la baie de Fundy par les hautes marées.

La deuxième région grandement sensible est la mer de Beaufort, qui possède l'un des taux d'érosion côtière les plus rapides au Canada. Le problème est accentué par la fonte du pergélisol dans les sédiments du rivage. Les ondes de tempête causent souvent des inondations dans cette région. Certaines localités comme Tuktoyaktuk devront affronter des difficultés importantes dans les années à venir. La superficie et la durée de la glace de mer diminueront avec le réchauffement climatique, ce qui provoquera davantage d'inondations et d'érosion côtière lors des tempêtes. Il est à noter que l'érosion côtière se produit uniquement en été, car l'hiver, la mer est gelée.

Une élévation du niveau de la mer accélérera l'érosion des côtes au cours de ce siècle. Le Canada, contrairement à l'Europe et au Japon, où la protection des côtes coûte plusieurs milliards de dollars, a l'avantage d'avoir une faible densité de population et peu d'infrastructures à risque. En tenant compte des prévisions en matière d'élévation du niveau de la mer, d'érosion des côtes et des phénomènes qui existent depuis des milliers d'années, on pourra éviter de développer les régions menacées.

Photos des régions côtières du Canada

Les photographies A à L illustrent la diversité des côtes du Canada, et indiquent les impacts auxquels on pourrait s'attendre.

Photo A : île Prince-Patrick, Territoires du Nord-Ouest. Cette côte sableuse basse, prise dans les glaces, est modérément sensible à l'élévation du niveau de la mer (indice de 9,6), surtout à l'inondation et au recul du trait de côte. Si l'étendue et la durée des conditions d'eau libre augmentent (à la suite du réchauffement planétaire), on pourrait aussi avoir un franchissement et la formation de cordons littoraux. Photo : R.B. Taylor, CGC 1998-038-A

Photo de l'île Prince-Patrick, aux Territoires du Nord-Ouest[D]
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Photo A : île Prince-Patrick, aux Territoires du Nord-Ouest

Photo B : île Bylot, Nunavut. Cette partie de l'île Bylot est peu sensible dans l'ensemble (indice de 3,6). Cependant, contrairement à la haute côte rocheuse en arrière-plan, le cordon littoral peu élevé pourrait migrer vers la terre, parce qu'il serait franchi plus souvent, surtout advenant une diminution de la durée et de l'extension de la couverture glacielle. Les terres basses en arrière du cordon (à droite) sont vulnérables à l'inondation. Photo : R.B. Taylor, CGC 1998-038-B

Photo de l'île Bylot, au Nunavut[D]
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Photo B : île Bylot, au Nunavut

Photo C : île Devon Island, Nunavut. Un petit pourcentage des côtes de l'est de l'Arctique se compose de glaciers de marée. Elles sont sensibles non seulement à l'élévation du niveau de la mer, mais aussi aux augmentations de l'extension et de la durée des conditions d'eau libre, qui pourraient faire monter le taux de vêlage et modifier la configuration de la côte. Cette région a une sensibilité modérée (indice de 8,0). Photo : R.B. Taylor, CGC 1998-038-C

Photo de l'île Devon, au Nunavut[D]
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Photo C : île Devon, au Nunavut

Photo D : Placentia, Terre-Neuve-et-Labrador. On voit ici un exemple d'endroit de sensibilité élevée, dans une région où le risque général est jugé bas (indice de 3,2). La basse plaine de la crête de plage de gravier a été inondée pendant des tempêtes plusieurs fois au cours des dernières années. Cette situation pourrait devenir plus fréquente dans l'avenir. Photo : D.L. Forbes, CGC 1998-038-D

Photo de Placentia, à Terre-Neuve-et-Labrador[D]
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Photo D : Placentia, à Terre-Neuve-et-Labrador

Photo E : Îles-de-la-Madeleine, Québec. Au moins trois levées côtières dissipent l'énergie des vagues sur cette côte de dunes (indice de 33,8). On rencontre des côtes semblables dans tout le sud du golfe du Saint-Laurent. Les impacts pourraient y être l'instabilité des dunes, des changements de la configuration des levées côtières et l'érosion des plages. Photo : E.H. Owens, CGC 1998-038-E

Photo des Îles-de-la-Madeleine, au Québec[D]
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Photo E : Îles-de-la-Madeleine, au Québec

Photo F : Story Head, Nouvelle-Écosse. Cette région est d'une sensibilité élevée (42,8). Le bas cordon littoral incurvé visible sur la photo recule de 8 mètres par an, et sera bientôt détaché du drumlin en érosion qui reste à l'avant-plan, ce qui exposera une baie abritée aux vagues des tempêtes de l'Atlantique. L'accélération de l'élévation du niveau marin entraînera des changements plus fréquents sur la côte extérieure, qui s'accompagneront de la formation de nouveaux cordons, et de l'inondation des marais côtiers. Photo : J. Shaw, CGC 1998-038-F

Photo du cap Story Head, en Nouvelle-Écosse[D]
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Photo F : Story Head, en Nouvelle-Écosse

Photo G : Pointe aux Outardes, Québec. Les deltas de l'Holocène le long de la côte Nord du Québec sont des poches de sensibilité modérée dans une région par ailleurs peu sensible. L'élévation future du niveau de la mer y entraînerait une augmentation de l'érosion des côtes et de leur déplacement. Photo : J.-C. Dionne.

Photo de la Pointe-aux-Outardes, au Québec[D]
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Photo G : Pointe-aux- Outardes, au Québec

Photo H : plage de Richibucto Nord, Nouveau-Brunswick. La côte du Nouveau-Brunswick donnant sur le golfe a un degré de sensibilité modéré à élevé - cet endroit précis a un indice de 16,0. Ce bas cordon littoral sableux pourrait connaître une augmentation du franchissement, un recul, et la migration de la baie. On peut aussi s'attendre à l'érosion des falaises de tourbe et à l'inondation des marais en arrière du cordon. Photo : E.A. Bryant.

Photo de la plage de Richibucto Nord, au Nouveau-Brunswick[D]
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Photo H : plage de Richibucto Nord, au Nouveau-Brunswick

Photo I : nord-est de l'île Graham, Colombie-Britannique. Il s'agit là de l'une des deux régions de sensibilité élevée de la Colombie-Britannique - l'indice y est de 24,8. Le recul des falaises de sable visibles sur la photo atteint jusqu'à 12 mètres par an, fournissant des sédiments aux plages en progradation ailleurs dans la région. Photo : C.L. Amos, CGC 1998-038-G

Photo du nord-est de l'île Graham, en Colombie-Britannique[D]
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Photo I : nord-est de l'île Graham, en Colombie-Britannique

Photo J : côte de la mer de Beaufort, Territoire du Yukon. Ces falaises de 5 mètres à la pointe Kay sont en train de reculer en raison de la fonte des coins de glace, du sapement des polygones et au glissement des blocs. L'indice de sensibilité de cette région est de 11,7. Si la saison d'eau libre allongeait, la côte serait exposée à des vagues beaucoup plus hautes que celles qu'elle subit aujourd'hui. Photo : D.L. Forbes, CGC 1998-038-H

Photo de la côte de la mer de Beaufort, au Yukon[D]
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Photo J : côte de la mer de Beaufort, au Yukon

Photo K : bras Toba, Colombie-Britannique. Comme une grande partie de la côte de Colombie-Britannique, ce bras, entouré de montagnes montant à plus de 1800 mètres, risque peu d'être modifié par une élévation du niveau de la mer. L'indice de sensibilité y est de 1,9. Cependant, il pourrait y avoir des impacts, comme l'inondation des nombreux deltas de fond de baie de la région. Photo : J.P.M. Syvitski.

Photo du bras Toba, en Colombie-Britannique[D]
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Photo K : bras Toba, en Colombie-Britannique

Photog L : côte ouest de la baie d'Hudson, Manitoba. Cette basse côte de plages de sable, de plages surélevées et de marais est modérément sensible. Les effets de l'élévation planétaire du niveau marin y seraient atténués par le soulèvement de la croûte terrestre qui se poursuit ici et ailleurs dans la baie d'Hudson. Photo : I.P. Martini.

Photo de la côte ouest de la baie d'Hudson, au Manitoba[D]
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Photo L : côte ouest de la baie d'Hudson, au Manitoba

Sources des données

Shaw, J., R.B. Taylor, D.L. Forbes, M.-H. Ruz, and S. Solomon. 1998. Sensitivity of the coasts of Canada to sea-level rise. Commission géologique du Canada, Bulletin 505. Ottawa.