Une aire protégée est une région géographiquement délimitée qui est désignée, réglementée et gérée en vue d’atteindre des objectifs spécifiques de conservation. Le Canada a une longue histoire de création d’aires protégées. La première de ces aires, le parc national Banff, fut créée en 1885. Bien qu’il y eut des efforts conscients pour établir des politiques visant à protéger les terres et la faune dès les premières années suivant l’établissement de la Confédération, des réseaux d’aires protégées ont été créés de façon plus systématique ces dernières décennies afin d’établir des régions exemptes de toute activité d’extraction. Avec le temps, des aires protégées toujours plus diversifiées ont été créées : réserves forestières, parcs nationaux, réserves naturelles et réserves écologiques, pour n’en nommer que quelques-unes.
Cette carte illustre les 1385 aires protégées qui existaient au Canada en 2007, mesurant plus de 10 kilomètres carrés et administrées par les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux et autochtones. Elles sont classées en fonction de leur année de création, ce qui illustre leur progression et leur croissance au fil du temps.
Les premières aires de conservation officiellement désignées ont été établies à la fin du XIXe siècle. Le parc national de Banff, la première aire protégée au Canada, a été créé après que des sources thermales furent découvertes sur le versant est des Rocheuses en Alberta. Aujourd’hui, c’est le parc national le plus visité au pays.
Le refuge d’oiseaux du lac de la Dernière Montagne en Saskatchewan, le premier du genre pour la sauvagine, a été créé en 1887. Ce refuge est une importante halte migratoire pour des centaines de milliers d’oiseaux qui traversent les Prairies entre leurs aires de reproduction au nord et leurs aires d’hivernage au sud.
En 1893, l’Ontario a été la première province à établir une aire de conservation : le parc provincial Algonquin. Il a été suivi du parc provincial Rondeau, également en Ontario, l’année suivante.
Le nombre d’aires protégées a augmenté au cours de la première partie du XXe siècle quand plusieurs lois ont été promulguées pour assurer la conservation des terres du Canada. Il s’agissait notamment de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest et de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs (1917). En 1919, les premiers refuges d’oiseaux migrateurs ont été créés en vertu de cette loi. La pression exercée sur la faune a mené à la création de plus de 10 refuges d’oiseaux migrateurs le long de la rive nord du Saint-Laurent en 1925. La Division des parcs du Dominion (maintenant Parcs Canada), créée en 1911, fut le premier organisme au monde chargé de la gestion des parcs nationaux. Les 12 premiers parcs nationaux ont été établis au cours de cette période.
Au cours des 60 premières années après la Confédération, le Canada et les provinces ont mis en place 33 grandes aires protégées. Le gouvernement fédéral en administrait les deux tiers, et les autres étaient des aires de conservation provinciales.
Pendant les années 1930, les Prairies ont connu une longue période de sécheresse. Pour atténuer la crise qui a frappé l’agriculture, le gouvernement fédéral a créé plus de 30 pâturages communautaires pour protéger les pâturages naturels et assurer l’alimentation du bétail. Pendant les années 1930 et au début des années 1940, le nombre d’aires protégées a triplé. La plupart des nouvelles aires protégées étaient des pâturages communautaires situés en Saskatchewan et administrés par l’Administration du rétablissement agricole des Prairies, d’Agriculture Canada. Le gouvernement de la Saskatchewan a également instauré un programme de pâturages communautaires. L’objectif de ces pâturages communautaires était de fournir des possibilités de pacage et d’élevage aux agriculteurs, de promouvoir la conservation des sols et, en général, d’améliorer le développement économique des zones environnantes.
La Loi sur les parcs nationaux a été adoptée en 1930 et quatre parcs nationaux ont été créés en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard, au Manitoba et en Ontario au cours des années 1930. Trois grands refuges d’oiseaux migrateurs ont été établis dans la région de la Baie James entre 1939 et 1945.
Au cours de la fin des années 1940, des années 1950 et 1960, la création des aires protégées a doublé par rapport aux 16 années précédentes. La moitié des nouvelles aires protégées ont été créées en Saskatchewan, avec l’expansion des programmes fédéraux et provinciaux de pâturages communautaires. Bien que la plupart des aires protégées aient été précédemment administrées par le gouvernement fédéral, cette tendance s’est inversée, les trois quarts des aires de conservation créées au cours de cette période relevant des provinces.
Au niveau fédéral, la Politique nationale de la faune et son programme d’application ont été créés en 1966. Par la suite, de nombreux grands refuges d’oiseaux migrateurs ont été établis dans le Nord, dont le refuge d’oiseaux migrateurs du golfe Reine Maud, qui demeure la plus grande aire protégée au Canada encore aujourd’hui. Deux parcs nationaux ont été créés dans la nouvelle province de Terre-Neuve.
Au cours de cette période, des groupes de conservation du Canada, comme la Société pour la nature et les parcs du Canada et le Fonds mondial pour la nature (Canada), ont lancé la campagne « Espaces en danger ». La campagne visait à « instaurer un réseau d’aires protégées représentant toutes les régions naturelles du Canada d’ici l’an 2000 ». La Charte canadienne des sites naturels a été signée par 600 000 citoyens canadiens, ce qui en fait une des plus importantes pétitions de l’histoire du Canada (Monte Hummel et al, 1995). Entre 1971 et 1991, le nombre d’aires protégées de plus de 10 kilomètres carrés a presque doublé. Quatre-vingt-dix pour cent des nouvelles aires protégées ont été créés par les gouvernements provinciaux ou territoriaux. La Colombie-Britannique a créé 61 aires protégées au cours de cette période, l’Ontario en a créé 60, l’Alberta 23, la Saskatchewan 22, le Manitoba 13, le Québec 17, les provinces Maritimes 3 et le Yukon 2. Terre-Neuve a créé ses 17 premières aires protégées provinciales, y compris la réserve écologique de Witless Bay, la plus à l’est des aires protégées au Canada.
La Loi sur les espèces sauvages au Canada de 1973 a donné au Service canadien de la faune l’autorité pour acheter des terres et en faire des réserves nationales de faune, au lieu de les louer. La protection de l’habitat a évolué et couvre maintenant d’autres paysages que les zones humides, et d’autres espèces que les populations de sauvagine. Neuf réserves nationales de faune de plus de 10 kilomètres carrés ont été créées au cours de cette période. Le réseau des parcs nationaux a continué de se développer avec la création de 13 nouveaux parcs, y compris le parc national du Canada Quttinirpaaq, le plus au nord des parcs nationaux, et les parcs Kluane et Ivvavik, sur la frontière Yukon Alaska, les plus à l’ouest des parcs nationaux.
En 1992, les ministres fédéral, provinciaux et territoriaux de l’environnement se sont réunis pour débattre de la protection des espaces en danger au Canada. Ils ont produit une déclaration dans laquelle ils s’engageaient formellement à compléter le réseau canadien des aires protégées représentatives des régions naturelles terrestres et marines du Canada pour 2000. Cet engagement a entraîné une augmentation impressionnante du nombre d’aires protégées, comme l’illustre le graphique ci-dessous. En 15 ans, le nombre d’aires protégées a quadruplé, 98 pourcent d’entre elles relevant des provinces ou des territoires. Les dix provinces et les trois territoires du Canada ont tous maintenant des réseaux d’aires protégées. Aujourd’hui, près de 1 million de kilomètres carrés de terres du Canada, soit environ 10 pourcent du pays, sont conservés sous forme d’aires protégées.
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Figure 1. Nombre d’aires protégées créées, aux 5 ans
Bien que le Canada soit entouré par trois océans, la protection des aires marines et les ressources qui y sont affectées ont du retard par rapport aux initiatives visant les aires terrestres. Certaines aires protégées, comme les refuges d’oiseaux migrateurs, les réserves nationales de faune et les parcs nationaux, ont d’importantes composantes littorales et marines. En 2008, environ 0,5 pourcent des océans du Canada étaient inclus dans les aires protégées, car ce n’est que récemment, avec l’application de la Loi sur les océans en 1997, que des aires protégées exclusivement marines ont été créées. Le Canada a réitéré ses engagements nationaux et internationaux en vue d’accélérer la croissance de son réseau d’aires marines protégées.
Depuis 2000, il y a eu d’importants changements dans la façon dont les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux planifient et développent leurs ressources en terres et en eau, ce qui ouvre de nouvelles voies pour protéger le capital naturel du Canada. La gestion intégrée des paysages terrestres et marins permet aux décideurs des secteurs public et privé de travailler de concert pour identifier les terres qui devraient être réservées à l’industrie de l’extraction des ressources et celles qui devraient être conser vées.
Plus d’information et de photos pour les principales aires protégées
Le Canada n’est pas le seul pays qui travaille activement à protéger ses lieux précieux. Des engagements internationaux ont été pris pour le développement des réseaux d’aires protégées. En 1972, la Déclaration de Stockholm de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement a entériné la protection d’exemples représentatifs de tous les grands écosystèmes et en a fait une exigence fondamentale pour les programmes nationaux de conservation. Depuis, la protection des écosystèmes représentatifs est devenue un principe fondamental de la biologie de la conservation, appuyée en cela par les grandes résolutions de l’ONU – y compris la Charte mondiale pour la nature (1982), la Déclaration de Rio (1992) et la Déclaration de Johannesburg (2002). En 2005, les pays signataires de la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies ont élaboré le Programme de travail sur les aires protégées, par lequel ils s’engagent à compléter les réseaux d’aires terrestres protégées d’ici 2010 et les réseaux d’aires marines protégées d’ici 2012. En tant que signataire de ces conventions, le Canada a considérablement augmenté le nombre de ses zones protégées au cours des dernières décennies.